Un lycée pour réaliser les rêves des jeunes filles de Djougou

Octobre 2007 dans la cour du lycée de jeunes filles à Natitingou.

Depuis cinq années, la scolarisation au lycée de Natitingou d’une trentaine de filles est prise en charge par l’association Evreux-Djougou, la Fédération des parents d’élèves et la commune. Sans cette aide, les jeunes filles, originaires de familles pauvres, ne pourraient pas poursuivre leurs études.

« Je souhaite devenir docteur pour soulager la commune de Djougou »; « Si j’ai les moyens de continuer à l’université, j’aimerais enseigner », « Mon rêve c’est de devenir secrétaire bilingue », « médecin ! ». Les six candidates au bac du lycée de jeunes filles de Natitingou ont des rêves plein la tête et les yeux qui brillent lorsqu’elles évoquent leur avenir. Elles sont trente, au total, à être parrainées par l’association Evreux-Djougou qui prend en charge leur scolarité à l’internat. Originaires de différents villages de la circonscription de Djougou et issues de familles modestes, elles ont été jusqu’au CM2 à la charge de leurs parents. Puis les premières de leur classe ont eu la chance d’intégrer le foyer de Natitingou, qui les accueille de la 6e à la Terminale, moyennant des frais de scolarisation annuels qui s’élèvent à 41 200 francs CFA.  Là, elles ont cours de 7 h à 12 h et de 15 h à 19 h. 

Un bouleversement total pour celles qui n’ont jamais quitté leur village natal. Une rupture avec leur famille puisqu’elles deviennent internes. Réparties dans trois grands dortoirs, elles ont une permission un dimanche par mois pour retrouver leurs proches et rentrent à Noël, à Pâques et aux grandes vacances. Une discipline de fer dont elles ne se plaignent pas. « On forme une famille ici », souligne l’une d’entre elles. « On se réunit, on étudie ensemble, les plus grandes prennent en charge les petites et font du soutien scolaire ». Un peu perdues au début dans l’immense établissement composé de bâtiments austères, les filles de Djougou savent être solidaires.

Les aînées se gèrent entre elles, en raison d’un manque de personnel d’encadrement. Il n’y a pas non plus de professeurs de mathématiques. « Ils sont rares et restent dans le Sud où ils sont mieux payés », précise le proviseur, Catherine Saré Bio. L’établis-sement a une capacité d’accueil de 300 élèves mais cette année, ils sont 465. Face à tous ces problèmes, élèves et professeurs se serrent les coudes avec un objectif : le Bepc et le bac. Ces précieux sésames en poche, les jeunes filles recevront ensuite une formation patriotique au cours de leurs 12 mois de service militaire d’intérêt national. Une nouveauté cette année, notamment face à la pénurie de personnel dans le domaine de l’enseignement et de la santé, l’Etat dispensera à ces jeunes diplômées deux mois de formation militaire et pédagogique dans un camp, avant qu’elles ne soient affectées à des tâches d’intérêt national, et envoyées, par exemple, dans des hôpitaux et infirmeries où elles recevront un salaire forfaitaire de 40 000 francs CFA. « Il faut obligatoirement passer par là pour intégrer la fonction publique, explique Catherine Saré. Dans la Constitution, cette tradition existait mais avait été mise en veilleuse dans les années 1980. Maintenant, dans le besoin, et afin de développer chez les jeunes Béninois le sentiment de solidarité et d’appartenance à la Nation, l’Etat a choisi de la réactiver et cela concerne les jeunes âgés de 18 à 35 ans. »

Une dernière étape pour les jeunes filles du lycée qui pourront ensuite aller jusqu’au bout de leurs rêves, en intégrant l’université ou l’école supérieure de leur choix.

Article publié dans le Nord/Sud spécial Evreux Djougou, vingt années de coopération, en 2008.