Histoire

Premier voyage du maire d’Evreux, Roland Plaisance, et de son épouse en 1992 à Djougou. Le préfet et le chef de district accueillent les hôtes ébroïciens.

Les débuts du jumelage Evreux-Djougou

Racontés par François Le Diset, cheville ouvrière de cette coopération depuis 35 années.

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Nord/Sud : Quelle est l’origine du jumelage ?
F. L. D. : En 1985, la Fédération internationale des Villes jumelées nous a sollicités pour que de jeunes Ebroïciens participent durant l’été à un camp chantier de coopération en Afrique. Le Centre d’informations jeunesse qui dépendait alors du Service Communication a été mandaté pour trouver des candidats. Plusieurs jeunes se sont montrés intéressés. Aidés financièrement par la Ville pour leur voyage, ils ont passé trois semaines sur le continent africain.

Nord/Sud : A l’époque, il existait déjà des jumelages avec Rüsselsheim et Rugby. Une ouverture vers l’Afrique vous paraissait opportune ?
F. L. D. : C’était dans l’air du temps. Les médias parlaient de questions de famines endémiques. Une évidence : l’Afrique avait besoin de coopération. Par ailleurs, nos jeunes sont revenus avec le désir de prolonger cette expérience très enrichissante.

Nord/Sud : C’est à ce moment là que s’est enclenchée l’idée de jumelage ?
F. L. D. : Oui ! Nous nous sommes alors rapprochés de la Fédération internationale des Villes jumelées pour être conseillés. La fédération a fait état de quatre propositions de villes demanderesses : en Mauritanie, au Rwanda, en Côte d’Ivoire et au Bénin. J’ai alors transmis les propositions au maire pour examen par le bureau municipal. J’ai également demandé à un membre de la fédération de venir défendre les différents dossiers devant la Commission d’information, présidée par Raoul Clouet, adjoint au maire.

L’accueil, par le chef de district de Djougou, de la délégation d’Evreux en juillet 1989. A gauche : François Le Diset.
L’accueil, par le chef de district de Djougou, de la délégation d’Evreux en juillet 1989. A gauche : François Le Diset.

Nord/Sud : Qu’est-ce qui vous a fait opter pour le Bénin ?
F. L. D. : La Mauritanie avait besoin d’un appui technique. La demande du Rwanda était intéressante mais nous préférions un pays francophone à une contrée de langue anglaise. Le dossier, très luxueux, de la Côte d’Ivoire nous a paru un tantinet décalé. Oui, c’est le dossier du Bénin avec la ville de Djougou qui a remporté tous les suffrages.

Nord/Sud : Pour quelles raisons ?
F. L. D. : Il s’agissait de l’ancien Dahomey, pays francophone. Le dossier était porteur de demandes pertinentes en matière d’appuis dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’hydraulique, des échanges culturels, autant d’éléments qui cadraient avec nos propres ressources. Par ailleurs, le Bénin s’ouvrait de nouveau au monde après avoir connu une période de repli sur lui-même. La Fédération internationale des Villes jumelées indiquait qu’un tel jumelage permettrait de rééquilibrer les échanges déjà existants avec l’Afrique. Enfin, il y avait une petite communauté béninoise à Evreux que nous étions prêts à satisfaire.

 

Nord/Sud : Quelle était à l’époque la situation politique au Bénin ?
F. L. D. : Il y régnait une ambiance de fin de régime. Le général Mathieu Kérékou était encore en place, cependant, de vives tensions sociales étaient perceptibles dans le pays. Il y avait des grèves importantes (notamment des enseignants). La période, c’est vrai, n’était pas facile. Nous allions nous en apercevoir lors de notre premier déplacement.

En 1994, Mgr Gaillot, évêque d’Evreux, acclamé dans la cathédrale de Djougou.
En 1994, Mgr Gaillot, évêque d’Evreux, acclamé dans la cathédrale de Djougou.

Nord/Sud : A quelle date le jumelage-coopération a-t-il été entériné ?
F. L. D. : Très exactement le 22 mars 1988. Sur proposition du bureau municipal, le conseil municipal a voté à l’unanimité, toutes tendances confondues (l’Opposition était alors menée par Bernard Blois), l’acte de naissance de ce jumelage-coopération avec Djougou.

Nord/Sud : Comment cette décision s’est manifestée dans les faits ?
F. L. D. : Le service Communication de la Ville d’Evreux était porteur du projet. J’ai pris contact avec les autorités béninoises par téléphone, par écrits. Très vite, une invitation à se rendre sur place nous est parvenue.

Quand ce voyage a-t-il eu lieu ?
F. L. D. : En juillet 1989. Roland Plaisance avait missionné Luc Tinseau, son premier adjoint, pour conduire la délégation. Ce dernier était accompagné d’Hubert Gourichon, adjoint aux affaires scolaires et de Jean-Marie Garcia, adjoint responsable des jumelages. Je faisais également partie du voyage ainsi que Thierry Bouffies, photographe.

Nord/Sud : Quel accueil vous a-t-on réservé ?
F. L. D. : Nous avons été fort bien accueillis à l’aéroport de Cotonou Une banderole « Bienvenue à nos illustres hôtes » était suspendue aux colonnes de la salle d’embarquement. Le lendemain, nous prenions la route de Djougou. Sur les 480 km qui couvrent la distance entre les deux villes, nous avons dû satisfaire à de nombreux contrôles routiers. Notre arrivée à la nuit tombante s’est déroulée dans une ambiance indescriptible de liesse populaire. Toute la ville semblait mobilisée, les enfants, les adultes et même des… cavaliers. Nous étions très impressionnés. Un certain nombre de visites était au programme. Avec les autorités rencontrées sur place, nous nous sommes accordés à agir ensemble, à mieux se connaître et échanger, ce que nous n’avons jamais cessé de faire depuis maintenant 20 ans.

Premier voyage du maire d’Evreux, Roland Plaisance, et de son épouse en 1992. 
Le préfet et le chef de district accueillent les hôtes ébroïciens.
Premier voyage du maire d’Evreux, Roland Plaisance, et de son épouse en 1992. Le préfet et le chef de district accueillent les hôtes ébroïciens.

Reprise d’un article paru dans Nord-Sud, bulletin de l’association Evreux Djougou Coopération, N° spécial « Vingt années de coopération ».

1989, la piste pour Djougou

Ses premiers pas en Afrique noire, en 1989, sur le tarmac de l’aéroport de Cotonou, François Le Diset s’en souvient comme si c’était hier. La moiteur étouffante des pluies de juillet et cette curieuse impression de mal à l’aise dans un pays sous le poids des militaires qui contraste avec la spontanéité chaleureuse de l’accueil. Les danseurs traditionnels au pied de l’avion mais aussi les soldats en armes. La banderole saluant les hôtes illustres mais, dans les rues et sur la route, d’autres banderoles à la gloire du marxisme-léninisme. Le passage par le salon d’honneur, plutôt lugubre à cette époque des anciennes installations de l’aéroport, mais contrôle militaire pointilleux tous les vingt-cinq kilomètres jusqu’à Djougou. L’étrange pause aussi à Bassila, pas très loin de Djougou, avec cette pièce d’accueil aux murs décorés des portraits jaunis de Mao, Marx, Lénine, Staline… «Ça fait drôle… ». 

Une rue du centre de Djougou en 1989.
Une rue du centre de Djougou en 1989.

François ressent encore l’émotion laissée par ces moments forts du voyage. La traversée des villages. La route qu’on laisse pour quatre heures de piste qui s’enfonce dans l’Afrique profonde. Une belle lumière qui ravive le rouge de la terre. L’arrivée à Djougou à la tombée de la nuit, la voiture escortée de cavaliers qui se fait un passage dans une foule exubérante et ravie du spectacle qu’elle se donne.

La chaleur de l’accueil populaire va accompagner la délégation pendant les trois jours passés en visites à l’hôpital de l’Ordre de Malte et chez un guérisseur traditionnel, chez le roi et aussi à la préfecture de Natitingou, dans des écoles et des villages. Visites et discussions faisant ressortir les besoins prioritaires et donc les appuis attendus dans trois domaines : éducation, eau, santé. Mais aussi l’envie d’échanger.

  • Dès octobre 1989, un premier container partait d’Evreux avec du matériel scolaire.
  • En avril 1990, la promo des trente élèves infirmières de troisième année finançait son voyage à Djougou.
  • Un mois plus tard, la première délégation djougoise découvrait Evreux et Paris.
  • En juillet, des jeunes partaient pour un premier chantier au dispensaire de Djougou. «Ca démarrait bien» pour François Le Diset.
  • D’autant mieux qu’en février 1990, le dictateur Kérékou, prenant en compte l’échec économique et l’agitation sociale, réunissait une conférence nationale des forces vives qui allait faire passer le pays d’un régime de dictature militaire à une démocratie pluraliste.
  • En 1992, nouvelle grande manifestation de liesse populaire à Djougou avec la venue de Roland Plaisance, maire d’Evreux, et la signature d’une charte officialisant une coopération déjà bien installée.
L’enthousiasme des jeunes autour de François Le Diset lors  du lancement du jumelage.
L’enthousiasme des jeunes autour de François Le Diset lors du lancement du jumelage.