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Samedi 26 Novembre 2016
La dictée : un texte coloré, bruissant et odorant comme un marché à Djougou

Lors de la dictée lue par Michel Bussi vendredi 25 novembre dans l'amphithéâtre de l'université d'Evreux.

Plusieurs personnes qui ont participé à la dictée mais n'ont pu assister à la correction nous ont demandé de mettre en ligne ce texte.
Le voici.

LES MARCHES AFRICAINS
Le marché africain sollicite la totalité de nos sens. Les discussions, les cris, les marchandages, les injures, le vacarme des déballages, les conseils et les palabres créent une atmosphère bruissante tel un grand bourdonnement d'abeilles. Les couleurs inondent les paillotes si bien qu'en quelques secondes, nos yeux plongent du rouge vif des fromages peuls protégés par une serpillière humidifiée, à la chemise en pagne du vendeur, avant de se noyer dans l'arc-en-ciel d'un étal de tissus. Boubous, vêtements chamarrés d'arabesques de broderie(s) en fil d'or et d'argent rivalisent avec les empilements de wax et de bazins (ou basins) multicolores. Le marché est un endroit où l'on peut toucher ce qu'on achète et c'est un réel plaisir de caresser les étoffes ou de manipuler de vieux bracelets-montres. L'odeur envoûtante de l'encens se faufile d'étal en étal, celle relevée des épices se mélange au doux parfum des fleurs et à l'âcreté du poisson séché combinée à la fétidité des égouts. Le chaland risque à tout instant de glisser sur des monticules d'immondices qui, éparpillés à ciel ouvert, embaument l'air d'effluves empuantis.
Sous un enchevêtrement de tôles rouillées, on peut remplir son panier de produits issus du terroir : igname pilée ou non, sorgho, manioc, noix de karité, bananes plantains. La vente relève souvent du micro-détail et les produits sont fractionnés à l'extrême : un chou peut être coupé en quatre, les cigarettes vendues à l'unité, le thé au sachet.
Pour les affamés, on peut y déguster des grillades d'agouti.
Le marché est le temple de la magie, la pharmacie du pauvre. Fétiches, gris-gris, statuettes en bois de rônier, étalages d'os, cornes de kob de Buffon, dents de phacochère, crânes de cynocéphale, côtoient une foule de fioles d'onguents, de macérations et de calebasses lilliputiennes remplies de poudre noire. Cette pharmacopée, à la puissance infaillible, guérit les impaludés, les ravages cholériques, les ecchymoses et pourquoi pas le chikungunya !
Ici et là, des petits chapardeurs provoquent des cris d'orfraie de la part de vendeuses callipyges puissamment bustées.
Egarés des touristes hâlés boivent à tire-larigot des bouteilles d'eau, d'autres plus téméraires, goûtent la bière de sorgho. Les plus craintifs, à l'ombre d'un caïlcédrat dégustent des sapotilles, tout en admirant les courses effrénées des margouillats.
Deux vieux, assis près d'une clôture de bougainvillées arc-boutées, sont absorbés dans une partie d'awalé sous un kapokier somptueusement paré de fleurs rouge incarnat.


Micro en main, l'auteur du texte de la dictée, Claude Bance félicite M. Yves Lamour pour son très bon résultat : seulement trois fautes.