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Jeudi 01 Mai 2008
Vivre la coopération
Voici le témoignage de Delphine Cabrillac, qui, en 2001, fut responsable d'un chantier jeunes avec la construction d'un local devenu centre informatique annexé à la maison des jeunes de Djougou.
«J’avais 26 ans, une petite expérience de l’Afrique et l’association m’a fait confiance... » Delphine Cabrillac se souvient avec nous de ce chantier sous sa responsabilité pendant trois semaines, en juillet 2001.
« 5 garçons et 3 filles sont partis avec moi retrouver une équipe de jeunes Béninois. Nous étions seize en tout et pas du tout spécialistes en travaux publics. Les jeunes d’Evreux étaient lycéens pour la plupart, il y avait une infirmière aussi, voilà le profil. »
Delphine se souvient de cette responsabilité d’accompagner et diriger des jeunes, même s’ils étaient majeurs. « Je ne pouvais compter que sur moi et j’avais toujours un peu l’appréhension d’un accident dans les déplacements en véhicules, en moto-taxi ou sur le chantier lui-même. Ou d’un problème éventuel de vol ou perte de l’argent du séjour. Il y a toujours un scénario catastrophe auquel il faut penser. »
En terrain connu
La jeune Ebroïcienne n’avait évidemment pas été choisie par hasard. Elle connaissait l’Afrique, découverte quatre années auparavant avec un séjour de cinq mois au Mali et plus particulièrement à Tombouctou, dans le cadre de ses études pour son diplôme de Maîtrise de géographie. L’année précédant le chantier, elle était venue à Djougou comme étudiante-stagiaire pendant deux mois. Résultat : « J’avais noué des contacts. Quand je suis arrivée, je me sentais à l’aise et en terrain connu, j’ai tout de suite retrouvé mes marques. Mes relations étaient très faciles avec les fonctionnaires de la mairie et le responsable de la maison des jeunes. » Passionnée par les voyages, elle avait arpenté le Laos, sac au dos, trois mois avant le chantier de Djougou.
Quand l’équipe s’est trouvée à pied d’œuvre, les fondations avaient été creusées par une entreprise qui fournissait aussi les matières premières. « Le directeur de la maison des jeunes avait vu le devis et le plan avec la mairie et l’entrepreneur. Nous, nous étions plutôt des manœuvres supplémentaires. Chaque jour on allait sur place et on aidait à faire le béton en mélangeant à la pelle. On a d’abord coulé le béton dans les fondations. Ensuite on a élevé les murs en parpaings et les structures métalliques. Lors de notre départ, la charpente se montait. L’entreprise a terminé la construction. »
Avec les jeunes Béninois
Un chantier de jeunes, c’est une sorte de voyage utile, un investissement dans un projet de développement. La motivation est également portée par le souhait de connaître et d’échanger avec des étrangers qui ont une autre culture, d’autres savoirs. Les jeunes participent financièrement à leur séjour qui n’est donc pas limité au seul chantier. « On allait sur le chantier le matin et deux heures en fin d’après-midi mais parfois des demi-journées étaient libres en attendant le séchage du béton ou pour cause de pluie. Des sorties étaient organisées, par exemple aux chutes de Kota, à Natitingou plus au nord, la visite impressionnante chez un guérisseur, chez le roi, lors de fêtes dans des villages. Repas et nuit chez l’habitant ont permis aux jeunes de se rendre compte des conditions de vie. Tous les repas et activités se faisaient avec les jeunes Béninois. On était tout le temps avec eux : sur le marché, en balades et le soir en participant à la vie nocturne. »
Delphine se souvient bien du plaisir d’être ensemble lors des repas. « Il y avait comme une communion entre tout le groupe. Les Béninois avaient appris à souhaiter bon appétit avec un slogan que tout le monde reprenait en chœur. »
Lui reviennent aussi les impressions ressenties par les jeunes. « Ils ont été très surpris par la beauté des paysages. Cette terre rouge et cette végétation très verte en ce début de saison des pluies. Ils ont pris plein de photos. Mais ils ont aussi été surpris par les gens chaleureux, avenants, leur façon de vivre, leurs conditions de vie parfois très drastiques. On ne sait pas trop quoi penser sur le moment. On prend tout en pleine figure. La décantation vient après, quand on rentre. Un voyage en Afrique provoque une vraie émotion, un bouleversement. C’est un voyage inoubliable, on en prend tellement plein les yeux ! »
Les jeunes ont vecu quelque chose d’important
La responsable du chantier a eu l’occasion de retourner à Djougou l’été passé et la satisfaction de voir « son » bâtiment utilisé comme cyber-centre. Elle n’a pas revu les jeunes de « son » chantier. Elle n’a plus de contacts non plus avec les jeunes d’Evreux. Elle-même est partie habiter Marseille. Mais elle reste persuadée que les jeunes ont vécu quelque chose d’important. « Cela permet de prendre un peu de recul, de relativiser, de mieux comprendre la situation des familles africaines installées dans nos villes et les difficultés parfois à y trouver des repères. On comprend également mieux les raisons des migrations. Aujourd’hui c’est une force pour la société française d’être nourrie des cultures du monde entier. Elles enrichissent notre patrimoine culturel et nous ouvrent une porte sur le monde. Je suis ravie de voir des femmes habillées en boubous ou des Sikhs indiens qui portent le turban sur la tête. Cela prouve notre capacité à vivre avec l’autre, sans préjugés ni cloisonnement, un espoir pour l’avenir... »