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Jeudi 01 Mai 2008
Présentation de l'association
François Le Diset, président de l’association, retrace la première étape du jumelage-coopération entre la ville d'Evreux et une ville du nord Bénin : Djougou. Cette cité, autrefois ville-étape au carrefour de plusieurs pistes transsahariennes, notamment celle du commerce de l'or, reste une ville marchande importante après Cotonou et Parakou.
Dès les premières années du jumelage, la ville d'Evreux a souhaité voir son action élargie et soutenue. L'association Evreux-Djougou/jumelage coopération a été créée et, depuis, mène des actions complémentaires au programme municipal d'appui au développement. L'association porte particulièrement ses efforts sur l'aide à la scolarisation, notamment des filles, la formation d'apprentis et d'artisans, les chantiers de jeunes, des stages d'élèves infirmières, l'aide à la lecture et, tout dernièrement, a entrepris, avec la participation d'une ONG de femmes d'un village, de financer un microcrédit pour la production de beurre de karité.


Quelle est l'origine du jumelage ?
En 1985, la Fédération internationale des Villes jumelées nous a sollicités pour que de jeunes Ebroïciens participent durant l'été à un camp chantier de coopération en Afrique. Le Centre d'informations jeunesse qui dépendait alors du Service Communication a été mandaté pour trouver des candidats. Plusieurs jeunes se sont montrés intéressés. Aidés financièrement par la Ville pour leur voyage, ils ont passé trois semaines sur le continent africain.

À l'époque, il existait déjà des jumelages avec Rüsselsheim et Rugby. Une ouverture vers l'Afrique vous paraissait opportune ?
C'était dans l'air du temps. Les médias parlaient de questions de famines endémiques. Une évidence : l'Afrique avait besoin de coopération. Par ailleurs, nos jeunes sont revenus avec le désir de prolonger cette expérience très enrichissante.

C'est à ce moment-là que s'est enclenchée l'idée de jumelage ?
Oui ! Nous nous sommes alors rapprochés de la Fédération internationale des Villes jumelées pour être conseillés. La fédération a fait état de quatre propositions de villes demandeuses : en Mauritanie, au Rwanda, en Côte d'Ivoire et au Bénin. J'ai alors transmis les propositions au maire pour examen par le bureau municipal. J'ai également demandé à un membre de la fédération de venir défendre les différents dossiers devant la Commission d'information, présidée par Raoul Clouet, adjoint au maire.

Qu'est-ce qui vous a fait opter pour le Bénin ?
La Mauritanie avait besoin d'un appui technique. La demande du Rwanda était intéressante mais nous préférions un pays francophone à une contrée de langue anglaise. Le dossier, très luxueux, de la Côte d'Ivoire nous a paru un tantinet décalé. Oui, c'est le dossier du Bénin avec la ville de Djougou qui a remporté tous les suffrages.

Pour quelles raisons ?
Il s'agissait de l'ancien Dahomey, pays francophone. Le dossier était porteur de demandes pertinentes en matière d'appuis dans les domaines de l'éducation, de la santé, de l'hydraulique, des échanges culturels, autant d'éléments qui cadraient avec nos propres ressources. Par ailleurs, le Bénin s'ouvrait de nouveau au monde après avoir connu une période de repli sur lui-même. La Fédération internationale des Villes jumelées indiquait qu'un tel jumelage permettrait de rééquilibrer les échanges déjà existants avec l'Afrique. Enfin, il y avait une petite communauté béninoise à Evreux que nous étions prêts à satisfaire.

Quelle était à l'époque la situation politique au Bénin ?
Il y régnait une ambiance de fin de régime. Le général Mathieu Kérékou était encore en place, cependant, de vives tensions sociales étaient perceptibles dans le pays. Il y avait des grèves importantes (notamment des enseignants). La période, c'est vrai, n'était pas facile. Nous allions nous en apercevoir lors de notre premier déplacement.

A quelle date le jumelage-coopération a-t-il été entériné ?
Très exactement le 22 mars 1988. Sur proposition du bureau municipal, le conseil municipal a voté à l'unanimité, toutes tendances confondues (l'opposition était alors menée par Bernard Blois), l'acte de naissance de ce jumelage-coopération avec Djougou.

Comment cette décision s'est manifestée dans les faits ?
Le service Communication de la Ville d'Evreux était porteur du projet. J'ai pris contact avec les autorités béninoises par téléphone, par écrit. Très vite, une invitation à se rendre sur place nous est parvenue.

Quand ce voyage a-t-il eu lieu ?
En juillet 1989. Roland Plaisance avait missionné Luc Tinseau, son premier adjoint, pour conduire la délégation. Ce dernier était accompagné d'Hubert Gourichon, adjoint aux affaires scolaires et de Jean-Marie Garcia, adjoint responsable des jumelages. Je faisais également partie du voyage ainsi que Thierry Bouffies, photographe.

Quel accueil vous a-t-on réservé ?
Nous avons été fort bien accueillis à l'aéroport de Cotonou. Une banderole "Bienvenue à nos illustres hôtes" était suspendue aux colonnes de la salle d'embarquement. Le lendemain, nous prenions la route de Djougou. Sur les 480 km qui couvrent la distance entre les deux villes, nous avons dû satisfaire à de nombreux contrôles routiers. Notre arrivée à la nuit tombante s'est déroulée dans une ambiance indescriptible de liesse populaire. Toute la ville semblait mobilisée, les enfants, les adultes et même des… cavaliers. Nous étions très impressionnés. Un certain nombre de visites étaient au programme. Avec les autorités rencontrées sur place, nous nous sommes accordés pour agir ensemble, mieux nous connaître et échanger, ce que nous n'avons jamais cessé de faire depuis maintenant 20 ans.

J.S.