Accueil Éducation Le foyer où les enfants retrouvent le sourire
Mardi 10 Février 2009
Le foyer où les enfants retrouvent le sourire


Les deux animatrices du centre d’accueil des enfants abandonnés à Djougou.


Après la rencontre avec l’animateur de l’ONG soutenue par l’Unicef (voir l'article "Je te donne l'enfant, tu vas t'en occuper"...), direction le centre de transit des enfants abandonnés, quelque part en périphérie de Djougou. Tout juste informées de notre arrivée quelques minutes avant par téléphone portable, deux jeunes femmes très souriantes nous accueillent à l’entrée d’une propriété avec cour et petits bâtiments en durs bien entretenus. Du linge d’enfants sèche dehors, quelques jeunes d’une dizaine d’années, plus de filles que de garçons, vont et viennent, intéressés par l’arrivée des visiteurs.

Salamatou Boukari et Grâce Doko, éducatrices dans ce centre, racontent leur travail avec les enfants qui sont placés là après avoir été interceptés, généralement par la police, après leur départ du foyer familial.
« Nous accueillons une trentaine d’enfants en moyenne par mois. Les filles sont plus nombreuses notamment pendant cette période de saison sèche. Les garçons sont occupés aux travaux champêtres.
Pendant un séjour de un à trois mois, nous prenons le temps de les mettre en confiance, de les écouter, de beaucoup discuter avec eux de leur avenir, surtout de ce qu’ils vont faire en restant chez eux au lieu d’aller chercher de l’argent. Nous voyons la finalité de la chose avec eux et les parents surtout. On constate le plus souvent que ce sont les parents qui envoient leurs enfants : “on a construit notre maison, allez chercher de l’argent pour qu’on la coiffe. Ou bien, allez chercher de l’argent pour que je puisse épouser ma quatrième femme...”
Les fugues existent aussi. Des enfants suivent leurs camarades partis comme certains qui sont revenus avec un engin, des postes radio, des pagnes. mais, le plus souvent, ils sont exploités et on ne les paie pas. »

L’importance de l’accueil
Trois autres centres comme celui de Djougou fonctionnent dans le nord Bénin : à Kandé, Parakou et Natitingou. Le centre de Djougou est en relation aussi dans le sud du pays avec les Sœurs salésiennes, la brigade de protection des mineurs et la Croix Rouge. Les enfants originaires de Djougou recueillis par ces organisations sont envoyés ici.
Les animatrices insistent sur l’importance de l’accueil. « Quand les enfants arrivent, on leur demande leur nom. Ils ne le donnent pas. Cela prend du temps. Il faut de la confiance. C’est pour cela que les enfants doivent rester ici de un à trois mois. Au début, ils tentent de fuir mais à partir du moment où on s’intéresse beaucoup à eux, on travaille ensemble, on parle, on fait des animations, ils retrouvent le sourire et ne pensent plus à partir. Nous parlons avec eux des conditions de vie au Nigeria par exemple, de leur servitude, de tout ce que l’on peut contracter là-bas, des viols, des grossesses non désirées. »
Un travail qui se fait aussi avec les parents. Des visites sont effectuées dans les familles. Des engagements parentaux signés. Peu de cas de récidives sont connus. Si l’enfant est en âge scolaire, après négociation, il est remis à l’école. Fournitures et uniforme fournis. Un suivi mensuel est entrepris. Après 14 ans, selon le métier souhaité par l’enfant, un contrat d’apprentissage est négocié avec un artisan.
Les directeurs d’école sont également contactés et suivent le phénomène qu’ils connaissent trop bien puisque la moyenne d’âge des enfants concernés se situe entre 7 et 16 ans. De plus, constatent les éducatrices, « la plupart des cas sont des enfants brillants en classe ». Et de noter que parmi les enfants ramenés au centre, beaucoup ont réussi à entrer au CET et même une fille au lycée de Natitingou, aidée par l’association Evreux-Djougou.

C’est la tradition
Les exemples d’enfants qui n’ont jamais fréquenté l’école abondent également. Les animatrices parlent d’une petite fille qui se trouve au centre. « Elle n’a pas fait le CE. Le papa dit qu’il n’a pas l’argent pour acheter les fournitures. Il l’a envoyée à Cotonou. Une dame est passée, une trafiquante. Le papa lui a confié l’enfant pour 2000 ou 3000 francs sans savoir dans quelle famillle elle irait, quel travail ça serait. La trafiquante ne regarde que son intérêt. Après elle va dire que le travail n’a pas été trouvé, que la patronne a chassé l’enfant, qu’elle a dépensé beaucoup et ne doit rien... Mais le rien c’est pour la fille qui faisait ça justement pour le trousseau de mariage. C’est cela souvent qui fait qu’on envoie les filles pubères de 12-13 ans. Après on les donne en mariage. Et cela continue avec les enfants nés de ce mariage. C’est comme ça. C’est la tradition. C’est la mentalité. C’est tout un enchaînement. »
Il est aussi question de la maltraitance des enfants  et les animatrices se demandent si cette maltraitance existe également en France. Elles connaissent la réponse mais on sent bien dans le questionnement comme un souhait d’entendre qu’elles ne sont pas seules au monde à faire face à une telle inhumanité.
Une photo ? « Ce serait alimenter la peur qu’ils ont en arrivant ici.  A partir du moment où ils savent qu’en dehors de cette maison on ne parle pas d’eux à quelqu’un et que rien ne sort d’ici pour prouver qu’ils sont là, les choses s’arrangent. Une photo de nous, d’accord. A travers nous, vous verrez les enfants. »
C.V.
(Témoignage recueilli en novembre 2007).