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Éducation
Adèle Gbedo, la maman du parrainage
Samedi 03 Avril 2010


Evénement dans la vie de l’association Evreux Djougou Coopération ce jeudi 1er avril 2010 à la salle des conférences de la médiathèque d’Evreux : la rencontre entre des familles qui parrainent des scolaires béninois et Adèle Gbedo, la cheville ouvrière de ce parrainage. Professeure d’éducation sportive en collège-lycée à Djougou, elle se dévoue bénévolement depuis des années pour être le relais entre l’association, les familles et les jeunes scolaires. Un rôle particulièrement efficace tout à fait apprécié des jeunes qui l’appellent volontiers « maman », la maman du parrainage.
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900 écoliers équipés
Lundi 07 Décembre 2009


Au printemps 2009, MM. Condé et Chabi, les deux délégués djougois de l'association, ont repris la piste comme ils le font depuis six années. Voiture, motocyclette, parfois en terminant à pied pour parvenir jusqu'à l'école quand la piste a été trop défoncée par les pluies, ces deux courageux volontaires entreprennent la tournée de villages pour recenser les écoles en grand besoin. Dans ces endroits souvent retirés de tout, une classe n'est parfois qu'un toit de paille posé sur des branches d'arbres fichées dans le sol abritant des bancs, quelques tables, un tableau. Pas de meuble pour ranger livres et fournitures. Il n'y a rien à ranger dans certaines classes ou si peu.

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Un livre pour les écoliers d'Evreux et de Djougou
Dimanche 06 Décembre 2009


Jeudi 12 novembre, début de matinée, 104 directeurs d'écoles ont répondu à l'appel de Radio Solidarité et sont rassemblés dans la grande salle de la maison des jeunes de Djougou. C'est ici que sont habituellement retransmis sur grand écran de télévision les matches de football devant une foule d'amateurs enthousiastes. Ce matin-là, l'ambiance est plus sereine, sage même. Tous ces instituteurs venus parfois de très loin, à une heure ou deux de piste en motocyclette, ne sont pas des élèves dissipés. Ils écoutent les interventions des autorités et des délégués de l'association Evreux Djougou coopération.
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"Je te donne l'enfant, tu vas t'en occuper"...
Lundi 09 Février 2009
Imourana Abdoulaye est animateur du Projet Intégré de Lutte contre la Traite des Enfants dans le Nord Bénin au sein d’une ONG, l’Apem, (association pour la protection de l’enfance malheureuse) dont le siège se trouve à Parakou. Une organisation soutenue par l’Unicef.
Il organise régulièrement des animations pour sensibiliser les populations, en ville et dans les villages, auprès des parents qui laissent partir leurs enfants ou qui les remettent aux trafiquants.
 « C’est un problème très important ici. Les enfants vont dans d’autres communes, au Niger ou au Nigeria. Par exemple pour aller chercher du matériel pour se marier. Les filles y travaillent trois ou quatre ans et reviennent avec quelques pagnes. Les garçons ramènent des tôles pour pouvoir construire leur maison. Il faut savoir que l’an dernier, nous n’avons pas eu 3% d’admis au Bepc dans le département de la Donga. Plutôt que d’aller à l’école, les enfants se retrouvent dans la rue. »

La réalité sur le terrain

Une situation qui perdure malgré les efforts des autorités, le soutien de la mairie, une loi en 2006 contre la traite au Bénin.
« C’est un problème qui ne date pas du tout d’aujourd’hui. C’est un peu dans nos traditions. Les populations prétextent l’extrême pauvreté pour expliquer leur attitude : on n’a pas d’argent, on ne peut pas aider nos enfants, c’est l’enfant qui ira chercher pour nous. Et l’on se retrouve dans la situation où le parent dit : je te donne l’enfant là, tu vas t’en occuper... Dans le passé, c’était une bonne chose. Les enfants restaient à côté des tantes ou bien des oncles. Mais aujourd’hui, l’enfant devient esclave de la famille d’accueil. »
Imourana Abdoulaye est amer quand il décrit la réalité sur le terrain qu’il arpente pour prêcher la bonne parole, pour faire « ses sensibilisations » en youm, en dendi, en français, les trois langues à la fois pour n’oublier personne.
« Ici à Djougou, un comité communal de lutte contre le trafic existe. On a impliqué les chefs de quartiers qui sont davantage au contact des populations. Mais ça ne fonctionne pas très bien. Pour la plupart, ils cautionnent eux-mêmes le phénomène et en profitent financièrement. Difficile de lutter dans ces conditions. Et les gens continuent de nous dire : grâce au Nigeria  je peux avoir une chambre tôlée, sinon c’est la paille qu’on met. C’est grâce au Nigeria que dans ma maison il y a un engin, la télé... »

Comme des esclaves
Le jeune animateur reconnaît qu’il a beaucoup de mal à convaincre les populations et que seule une minorité se montre réceptive à ses propos. La misère explique cette attitude de rejet.
« Quand vous voyez les conditions dans lesquelles les gens vivent dans les villages, c’est inhumain. Vous voyez des enfants qui n’ont rien à manger d’autre que ce qu’on appelle la pâte d’hier. On y rajoute à chaque fois un peu quelque chose. On malaxe, on met de l’eau et voilà. Sans rien d’autre. Et cela devient tout fermenté. C’est le soir seulement que l’enfant peut espérer trouver quelque chose avec un peu de piment. C’est très pauvre en protéine, seulement du glucose. Quand les parents vivent cela, comment pouvez-vous les convaincre ? »
Difficile. Et le trafic s’en porte d’autant mieux. Rien ne semble en venir à bout. Pas les scandales révélés de temps à autre dans les médias qui rapportent que des enfants béninois cassent des cailloux dans des carrières au Nigeria. Ils travaillent là comme des esclaves et certains y meurent. « Les enfants de 8 jusqu’à 15 ans continuent d’aller vers le Nigeria et les filles dès 6 ans se retrouvent dans des gargottes pour débarrasser et faire la vaisselle » constate l’animateur ONG.

Une loi contre le trafic
La répression non plus ne suffit pas. Elle existe pourtant. A Djougou, l’ONG travaille avec le commissariat de police qui tente de contrôler les déplacements des enfants. Pour envoyer un enfant dans une autre famille, il faut un certificat de placement délivré par la mairie. Un certificat obtenu seulement après enquête. Sans ce papier, la police peut arrêter les personnes, autres que père et mère, qui voyagent avec des enfants. C’est ainsi que les enfants victimes de trafic sont amenés dans le centre de transit de Djougou géré par l’ONG de Imourana Abdoulaye.
La loi existe contre ce trafic. La police fait son travail mais avec peu de moyens comme nous l’a précisé le commissaire de police de Djougou. On sait aussi que la solution d’un problème social aussi important ne peut pas seulement être policière, pas plus au Bénin qu’ailleurs.
Et l’animateur de s’interroger : « les gouvernements du Nigeria et du Bénin ne peuvent-ils vraiment pas arrêter cela ? »  Et d’espérer aussi : « je pense qu’avec la gratuité de l’école que le président a décrétée, cela va s’améliorer ».
C.V.

Témoignage recueilli en novembre 2007 à Djougou.


«Vidomégon», enfant placé, en langue fon. Voilà bien une expression à deux faces très différentes. Le bon côté, c’est celui de la tradition qui voulait qu’un enfant était placé dans une famille aisée pour y participer aux tâches domestiques mais aussi y suivre sa scolarité ou un apprentissage artisanal. C’était souvent une chance pour l’enfant. L’autre face, cachée, est aussi la plus répandue : l’enfant quitte sa famille qui n’a pas les moyens de le nourrir et se retrouve vendu à un trafiquant de passage qui le revend à des gens qui vont l’exploiter, voire le maltraiter durement.
Des chiffres invérifiables révèlent que 100 000 enfants seraient concernés. La plupart de moins de 14 ans et en majorité des filles.
A Djougou, un centre accueille des enfants victimes de ce trafic et tente de les réinsérer. (voir article suivant)
 
Le foyer où les enfants retrouvent le sourire
Mardi 10 Février 2009


Les deux animatrices du centre d’accueil des enfants abandonnés à Djougou.


Après la rencontre avec l’animateur de l’ONG soutenue par l’Unicef (voir l'article "Je te donne l'enfant, tu vas t'en occuper"...), direction le centre de transit des enfants abandonnés, quelque part en périphérie de Djougou. Tout juste informées de notre arrivée quelques minutes avant par téléphone portable, deux jeunes femmes très souriantes nous accueillent à l’entrée d’une propriété avec cour et petits bâtiments en durs bien entretenus. Du linge d’enfants sèche dehors, quelques jeunes d’une dizaine d’années, plus de filles que de garçons, vont et viennent, intéressés par l’arrivée des visiteurs.

Salamatou Boukari et Grâce Doko, éducatrices dans ce centre, racontent leur travail avec les enfants qui sont placés là après avoir été interceptés, généralement par la police, après leur départ du foyer familial.
« Nous accueillons une trentaine d’enfants en moyenne par mois. Les filles sont plus nombreuses notamment pendant cette période de saison sèche. Les garçons sont occupés aux travaux champêtres.
Pendant un séjour de un à trois mois, nous prenons le temps de les mettre en confiance, de les écouter, de beaucoup discuter avec eux de leur avenir, surtout de ce qu’ils vont faire en restant chez eux au lieu d’aller chercher de l’argent. Nous voyons la finalité de la chose avec eux et les parents surtout. On constate le plus souvent que ce sont les parents qui envoient leurs enfants : “on a construit notre maison, allez chercher de l’argent pour qu’on la coiffe. Ou bien, allez chercher de l’argent pour que je puisse épouser ma quatrième femme...”
Les fugues existent aussi. Des enfants suivent leurs camarades partis comme certains qui sont revenus avec un engin, des postes radio, des pagnes. mais, le plus souvent, ils sont exploités et on ne les paie pas. »

L’importance de l’accueil
Trois autres centres comme celui de Djougou fonctionnent dans le nord Bénin : à Kandé, Parakou et Natitingou. Le centre de Djougou est en relation aussi dans le sud du pays avec les Sœurs salésiennes, la brigade de protection des mineurs et la Croix Rouge. Les enfants originaires de Djougou recueillis par ces organisations sont envoyés ici.
Les animatrices insistent sur l’importance de l’accueil. « Quand les enfants arrivent, on leur demande leur nom. Ils ne le donnent pas. Cela prend du temps. Il faut de la confiance. C’est pour cela que les enfants doivent rester ici de un à trois mois. Au début, ils tentent de fuir mais à partir du moment où on s’intéresse beaucoup à eux, on travaille ensemble, on parle, on fait des animations, ils retrouvent le sourire et ne pensent plus à partir. Nous parlons avec eux des conditions de vie au Nigeria par exemple, de leur servitude, de tout ce que l’on peut contracter là-bas, des viols, des grossesses non désirées. »
Un travail qui se fait aussi avec les parents. Des visites sont effectuées dans les familles. Des engagements parentaux signés. Peu de cas de récidives sont connus. Si l’enfant est en âge scolaire, après négociation, il est remis à l’école. Fournitures et uniforme fournis. Un suivi mensuel est entrepris. Après 14 ans, selon le métier souhaité par l’enfant, un contrat d’apprentissage est négocié avec un artisan.
Les directeurs d’école sont également contactés et suivent le phénomène qu’ils connaissent trop bien puisque la moyenne d’âge des enfants concernés se situe entre 7 et 16 ans. De plus, constatent les éducatrices, « la plupart des cas sont des enfants brillants en classe ». Et de noter que parmi les enfants ramenés au centre, beaucoup ont réussi à entrer au CET et même une fille au lycée de Natitingou, aidée par l’association Evreux-Djougou.

C’est la tradition
Les exemples d’enfants qui n’ont jamais fréquenté l’école abondent également. Les animatrices parlent d’une petite fille qui se trouve au centre. « Elle n’a pas fait le CE. Le papa dit qu’il n’a pas l’argent pour acheter les fournitures. Il l’a envoyée à Cotonou. Une dame est passée, une trafiquante. Le papa lui a confié l’enfant pour 2000 ou 3000 francs sans savoir dans quelle famillle elle irait, quel travail ça serait. La trafiquante ne regarde que son intérêt. Après elle va dire que le travail n’a pas été trouvé, que la patronne a chassé l’enfant, qu’elle a dépensé beaucoup et ne doit rien... Mais le rien c’est pour la fille qui faisait ça justement pour le trousseau de mariage. C’est cela souvent qui fait qu’on envoie les filles pubères de 12-13 ans. Après on les donne en mariage. Et cela continue avec les enfants nés de ce mariage. C’est comme ça. C’est la tradition. C’est la mentalité. C’est tout un enchaînement. »
Il est aussi question de la maltraitance des enfants  et les animatrices se demandent si cette maltraitance existe également en France. Elles connaissent la réponse mais on sent bien dans le questionnement comme un souhait d’entendre qu’elles ne sont pas seules au monde à faire face à une telle inhumanité.
Une photo ? « Ce serait alimenter la peur qu’ils ont en arrivant ici.  A partir du moment où ils savent qu’en dehors de cette maison on ne parle pas d’eux à quelqu’un et que rien ne sort d’ici pour prouver qu’ils sont là, les choses s’arrangent. Une photo de nous, d’accord. A travers nous, vous verrez les enfants. »
C.V.
(Témoignage recueilli en novembre 2007).
 
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Photos ramenées de Djougou